Interview mit S.E. Elyes Ghariani, Botschafter von Tunesien in Deutschland




Depuis quand êtes-vous à Berlin? Connaissiez-vous Berlin et l'Allemagne déjà avant votre arrivée?

Je suis arrivé en août 2011 et je m’apprête à partir dans deux semaines après trois ans à Berlin. C’est la vie de tout diplomate que de servir son pays à l’extérieur pour une durée déterminée puis de rentrer au pays. Je suis diplomate de carrière, cela fait 32 ans que je fais ce métier. D’ailleurs ce n’est pas pour la première fois que je suis en Allemagne. C’est la troisième fois que je sers en Allemagne. J’ai commencé en tant que tout jeune diplomate à l’époque à Bonn, avant la réunification dans les années 80. J’y suis retourné après la réunification, mais à Berlin en 2003 en tant que chef de mission adjoint pour découverir la grande nation allemande réunifiée. J’ai quitté Berlin en 2008 et je suis revenu en tant qu’ambassadeur en 2011. Ainsi, je me considère ou plutôt on me considère le spécialiste de l’Allemagne.

Combien savent les Allemands de la Tunisie?

Les Allemands savent beaucoup de la Tunisie, surtout depuis la révolution de janvier 2011. La Tunisie était connue pendant 50 ans comme une destination touristique pour ses plages, ses oasis, „Sonne, Strand, Kamele“. Maintenant l’image de la Tunisie a changé. On recoit moins de touristes allemands, mais plus de politiques, spécialistes et journalistes qui visitent la Tunisie après cette révolution, celle de la liberté et la dignité. On s’intéresse à la Tunisie qui est le berceau de ce qu’on appelle le printemps arabe. Les Allemands voulaient comprendre ce peuple tunisien longtemps gentil, parfois soumis, et qui s’est soudain révolté face à un dictateur pour lui dire devant le bâtiment symbole du ministère de l’intérieur, sur la grande avenue de Tunis, „dégage!“. Ce peuple docile, comment a-t-il réussi cette révolte? Tout le monde s’intéresse à ça. Et aujourd’hui après l’effet domino qui a suivi la révolution tunisienne et qui a touché d’autres pays de la rive sud de la Méditerranée, on dit que la Tunisie porte les espoirs pour la démocratie naissante dans le monde arabe. C’est pour cela que tout le monde s’intéresse à la Tunisie. Et nous aussi, nous souhaitons partager ces mêmes valeurs de démocratie, de tolérance et des droits de l’homme avec l’Europe. Nos premiers partenaires au monde sont la France, l’Italie et l’Allemagne. L’union européenne constitue à peu près 80% des échanges de la Tunisie. Qu’il s’agisse des échanges commerciaux, économiques, échanges humains ou flux touristiques. Le plus grand nombre de Tunisiens qui font leurs études à l’étranger se trouve aussi en Allemagne, en France et en Europe. Et les travailleurs tunisiens, les Gastarbeiter, ont aussi surtout émigré en France, en Italie ou en Allemagne. La Tunisie n’est distante de la Sicile que de 140 km. Ce n’est même pas la distance Berlin-Leipzig. D’ailleurs, avant la création de la télévision tunisienne avec une simple antenne herzienne on pouvait capter Rai1, on regardait Raffaella Carrà.

Quelle image ont les Tunisiens de l'Allemagne?

Le sérieux, la vigueur et la discipline. Le „made in Germany“ est très apprécié chez nous.

Quelle importance a l'Allemagne pour la propagation de la culture tunisienne?

L’Allemagne est le pays culturel par excellence. L’Allemagne est l’un des rare pays au monde qui n’a pas de ministère fédéral de la culture. C’est que la culture est un pilier de la politique étrangère. Le ministère fédéral des affaires étrangères, l’Auswärtiges Amt, dispose d’un budget pour la culture assez conséquent. Si vous regarder les instituts Goethe, les écoles allemandes, le DAAD, le IFA (Institut für Auslangsbeziehungen), l’institut pour l’archéologie, etc. tout cela dépend de la politique étrangère allemande. Moi, j’ai toujours dit à mes autorités, si la culture tunisienne est présente en Allemagne, par exemple dans une exposition, cela vaut mieux que mille discours. La Tunisie n’est pas seulement un pays touristique, comme elle est encore majoritairement vue par les Allemands. La Tunisie est aussi un pays qui a une historie et une civilisation de plus de 3000 ans. Nous avons par exemple la plus belle collection de mosaïques romaines au monde, la plus grande et la plus belle. Nous avons le deuxième plus grand Colisée au monde, après celui de Rome. D’ailleurs, on y organise tous les étés un festival international de musique classique et c’est magnifique. Cet été un orchestre allemand participe à cet événement. La culture sert à rapprocher les peuples.

Quels aspects de la culture tunisienne voulez-vous promouvoir en Allemagne? Et quels moyens avez-vous à votre disposition?

Avec l’appui des Allemands, par exemple de l’institut Goethe à Tunis, nous avons organisé une série d’expositions. C’est très varié. Nous touchons à l’art plastique, à la photographie, la littérature, etc. Surtout nous cherchons à promouvoir les jeunes artistes.

Quel public cherchez-vous à attirer avec les manifestations que vous organiser ou soutenez?

C’est très différent. Il y a beaucoup de jeunes, aussi des jeunes artistes. Mais aussi des intellectuels. Toujours des deux pays. L’accent a été mis dans les dernières deux années sur les jeunes, les jeunes qui ont fait la révolution. Le peuple allemand est curieux, il veut connaître le Tunisien, ce jeune qui s’est révolté, qui a dit „A bas la dictature!“. Les Allemands cherchent à comprendre. Je suis souvent invité dans les universités pour des conférences qui ont comme sujet la révolution, on me pose des questions comme „Comment avez-vous fait? Quels sont les ingrédients? Quels sont vos atouts?“. Je répond toujours très volontiers: Notre atout est la société civile tunisienne qui est forte, c’est le statut de la femme qui est le plus avancé d ans le monde arabe et islamiqueet c’est le niveau d’instruction qui est également un des plus élevés du monde arabe, en Tunisie le taux d’analphabétisme est d’environ 7 pour-cent. La scolarité est gratuite et obligatoire.

Près de Tunis se trouve l'ancienne ville de Carthage, capitale d'une civilisation de grande importance et de pouvoir pour la Méditerranée. Quel impact a cette période de l'histoire aujourd'hui pour l'identité tunisienne?

Nous ressentons une certaine fierté. Hannibal est parti de Carthage et est arrivé jusqu’en Europe du Nord. D’ailleurs, il y a des vestiges de la culture romaine jusqu’ici en Allemagne. Nous avons, comme j’ai dit, cette collection de mosaïques qui est la meilleure au monde, il y a héritage culturel et civilisationnel et une richesse archéologique magnifique.

Y-a-t-il des échanges dans ce domaine avec d’autres pays?

Avec la France et avec l’Italie, bien entendu. Nous partageons l’histoire romaine avec l’Italie. Avec la France c’est la francophonie et une proximité culturelle. Mais également avec les Allemands. L’institut d’archéologie allemand a beaucoup fait pour l’archéologie en Tunisie et il continue d’être actif. Les mosaïques se trouvent où? Les mosaïques se trouvent dans plusieurs musées. Mais le meilleur est le musée du Bardo dans la capitale de Tunis. Il a récemment réouvert ses portes après un temps de fermeture pour rénovation. La presse allemande lui a consacré plusieurs articles. Vraiment, ça vaut la peine d’y aller!

L'histoire de la Tunisie est étroitement liée à celle de la France. Quel impact a eu la présence française sur la culture tunisienne? Y-a-t-il des exemples qui sont visibles jusqu'à nos jours?

Il y a eu plusieurs décennies de colonialisation, donc l’influence française est là. Sur le mode vestimentaire, sur l’enseignement... Moi, j’ai étudié les lettres françaises, Voltaire, Montesquieu, Diderot. Même les disciplines scientifiques comme, la chimie, les maths, la physique, les sciences naturelles ou l’histoire et la géographie etaient enseignées en langue française. Aujourd’hui, la nouvelle génération maîtrise un peu moins le français. Il y a eu une certaine arabisation. Et malheureusement cela s’est fait au détriment du niveau de français, le français est toujours enseigné, mais le niveau a baissé.

Pour ce qui concerne la littérature tunisienne, co-existent une tradition basé sur la langue arabe et une tendance moderne qui s'exprime en français. Quels sont les différents rôles des deux parties?

C’est une richesse culturelle et un signe d’ouverture. Certains sont plus à l’aise en français, avec la langue de Victor Hugo, d’autres sont plutôt arabisants. Mais les deux courants ne sont pas en concurrence. Le Tunisien en général est bilingue. Il lit et écrit dans les deux langues.

Quelle est la perception à l’étranger de la littérature tunisienne?

Dans le monde arabe, la littérature tunisienne est généralement moins connue que d’autres, sauf quelques exceptions. Il y a une certaine dominance de la littérature égyptienne et libanaise. Vu le taille de la Tunisie, relativement un petit pays, peu d’écrivains tunisiens ont percé dans le Moyen-Orient. Dans la francophonie, s’est différent, plusieurs Tunisiens ont percé.

Pouvez-vous nous nommer les tendances dans les autres domaines de la culture comme le cinéma ou la musique?

Pour le film nous n’avons pas une grande production, mais une production de qualité. Nous avons les JCC, les Journées Cinématographiques de Carthage et des festivals de cinéma à thèmes. C’est les phénomènes de la société qui se trouvent au centre de l’attention et depuis les dernières années on produit de plus en plus de films engagés politiquement. Dans la musique, il y a un héritage andalou mais nous avons réussi aussi à marier la musique traditionnelle avec la musique moderne occidentale. Vous allez trouver du Jazz joué à la façon tunisienne, c’est magnifique!

Organisez-vous aussi des concerts en Allemagne?

Ils ne sont pas nombreux malheureusement. La culture coûte cher. Faire venir un orchestre est trop coûteux, nous ne pouvons pas le réaliser souvent. Mais récemment, j’ai assisté à un concert d’un très célèbre compositeur tunisien, Anouar Brahem, mondialement connu, qui a fait exactement ce que vous ai décrit. C’était du Jazz mais à la manière orientale. C’était pour démontrer la tolérance de la Tunisie nouvelle que le concert ait été organisé dans une église à Mannheim. C’était fantastique et le succès énorme.

Y-a-t-il une importation de produits culturels étrangers?

Certainement, dans tous les domaines, littérature, films, feuilletons télévisés etc. Nous sommes un pays ouvert. Nous sommes un carrefour entre l’Orient et l’Occident, entre le Maghreb et le Mashreq, nous sommes à la pointe de l’Afrique, très proche de l’Italie et étrotement liés à l’Europe. Comme je vous ai dit nous faisons 80% de nos échanges avec l’Europe. Bien sûr nous sommes ouverts à toutes ces cultures. C’est la richesse de la Tunisie, elle a connu plusieurs civilisations, les Berbères, les Byzantins, les Turcs, les Français, même les Vikings sont passés par la Tunisie. Ce brassage a formé l’esprit de la Tunisie. Cela a été enrichissant.

Y-a-t-il une volonté de collaboration sur le plan culturel entre les autres pays du Maghreb?

La volonté existe, mais ce n’est pas toujours concrétisé sur le terrain. Il y a quelques tentatives fructueuses. Nous espérons pouvoir faire davantage dans le futur. Si on arrive à se mettre ensemble cela sera magnifique. Ce n’est pas toujours une question de financement, mais plutôt de coordination.

Quel poids a la culture pour votre travail d’ambassadeur ici?

Pour moi, elle est très importante. Comme je vous ai dit, la culture est un des piliers de la politique étrangère allemande. Pour toucher l’Allemand il faut passer par le culturel. Un discours politique c’est bon, mais une exposition c’est encore meilleur. Un jour, nous avons organisé une exposition au Lichthof de l’Auswärtiges Amt. C’étaient des photos de mosaïques romaines en Tunisie. Le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères qui a inauguré cette exposition devait se rendre en vacances dans un autre pays, mais après avoir vu ça il a changé d’avis et il est allé voir la Tunisie.

Comment se définit la Tunisie en comparaison aux autres pays du Maghreb?

La Tunisie est une start-up démocratie. Il y a une grande envie des jeunes Tunisiens de montrer ce qu’ils savent faire, une envie de se montrer créatifs. C’est cette volonté de création qui distingue le Tunisien aujourd’hui.

Quels clichés avez-vous expérimenté pendant votre séjour en Allemagne? Le seul cliché qui existe est que la Tunisie est "Strand, Sonne, Kamele", alors que la Tunisie est beaucoup plus que cela. Elle reeprésente plus de 3000 ans d’histoire. J’invite les touristes allemands qui se rendent en Tunisie de sortir de leur hôtel et d’aller à l’intérieur du pays, à la découverte du pays.

Votre mission en Allemagne se termine dans quelques semaines. Quel est votre bilan?

Je suis très satisfait, même comblé. Je suis fier d’être le premier ambassadeur tunisien d’après révolution. Je pense avoir servi le pays à un moment historique. D’ailleurs, aucun pays au monde se tient aujourd’hui comme l’Allemagne à côté de la Tunisie. Il y a un appui vraiment sincère et constant. La Tunisie jouit d’un grand capital de sympathie. Je ne cesse pas de rappeler la similitude de l’histoire entre la Tunisie et l’Allemagne. En 1989, les Allemands se sont rassemblés devant la porte de Brandebourg pour dire „wir sind ein Volk“ et depuis il y a eu la chute du mur de Berlin et la libération de toute l’Europe centrale et orientale. Les Tunisiens se sont rassemblés près de vingt plus tard sur l’avenue Habib Bourguiba, devant le ministère de l’intérieur, et ils ont crié au dictateur „dégage!“. Après la chute de la citadelle de la dictature et du mur de la peur, le mouvement s’est enclenché et a touché d’autres pays de la rive sud de la Méditerranée avec des résultats divers. Mais nous sommes sur le bon chemin. La démocratie, je le répète à nos amis allemands, n’est pas du café instantané, c’est un apprentissage, un processus qui va durer plusieurs années. Et je dis „allein schaffen wir es nicht“, nous avons besoin d’être accompagné avec patience et indulgence. Nous avons besoin d’un appui, d’une solidatité et de conseils.

Je quitte Berlin avec les honneurs. J’ai cumulé 14 ans en Allemagne en trois étapes différentes, je suis le „deutscheste Tunesische Diplomat“. J’aime ce pays que je considère comme ma deuxième patrie. Dans aucun autre pays je n’ai vécu aussi longtemps qu’en Allemagne, sauf en Tunisie bien sûr. Je suis fier que le président fédéral, Dr. Joachim Gauck,a fait à ma personne beaucoup d’éloges lors d’une rencontre avec mon Premier Ministre. Geste exceptionnel pour témoigner du travail accompli et de la qualité des rapports que j’entretenais en Allemagne, le Chef de l’Etat allemand a demandé à être pris en photo avec moi devant le drapeau allemand, quelque chose qu’il ne fait pas d’habitude. J’ai fait des connaissances magnifiques ici en Allemagne.

Connaissez-vous un restaurant tunisien que vous pouvez nous conseiller?

Malheureusement pas à Berlin. La meilleure table est chez l’ambassadeur de Tunisie. Il y a peu de ut Tunisiens à Berlin. Ils se trouvent surtout dans le Ruhrgebiet et aus alentours de Wolfsburg à cause des usines Volkswagen. Mais une nouvelle génération de jeunes Tunisiens qui a fait ses études à Berlin, vient s’y installer et exercer et occuper des postes de responsabilité. Il s’agit de jeunes cadres hautement qualifiés.

Das Interview wurde von Teresa Vena am 24. Juli 2014 geführt.

Die Botschaft der Tunesischen Republik bei Globe-m

Deutsche Version des Interviews


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